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29/06/2020 à 13h55 par Sarah allemandou

Le métier de journaliste : interview de Camille Huppenoire, journaliste info sport de France Bleu Gironde

Crédits : Camille Huppenoire

Camille Huppenoire, l'exemple d'une journaliste passionnée


Dans le but de mieux comprendre les enjeux et les réalités du métier de journaliste, je te propose l'interview de Camille Huppenoire, journaliste info sport chez France Bleu Gironde. Dans cette interview, la journaliste se livre sur les réalités de son quotidien, ce qui te permettra de te faire une idée plus précise de ce métier. Bonne lecture!



 



S: Aujourd'hui journaliste info sport pour France Bleu Gironde, quelles sont vos responsabilités et vos défis dans le quotidien? En bref, en quoi consiste votre métier?



C: "Difficile de décrire mon métier en quelques mots... il est tellement varié! Je peux faire de la présentation de journaux le lundi, un reportage à l'autre bout du département le mardi et du commentaire de match le samedi. Quand je me lève le matin, je ne sais pas toujours ce que je vais faire de la journée: cela dépend souvent de l'actualité, qui évolue à chaque instant. Je dois être capable de m'approprier rapidement un sujet, une thématique, identifier les bons interlocuteurs, tenter de les joindre ou de les rencontrer. Parce qu'il m'arrive de faire la présentation ou de la "matinale", c'est-à-dire les journaux du matin, je dois suivre ce qui se passe en France et dans le monde au quotidien, pour ne pas être dépourvue sur un sujet ou sur un autre. La radio, c'est aussi une histoire de timings à respecter, de reportages qu'il faut soignement calibrer. Il faut savoir "jeter" certaines infos secondaire pour se concentrer sur l'essentiel. Mais on ne fait pas que de la radio! En général, chaque reportage radio s'accompagne d'un article publié sur le web. Il y a des codes à respecter, pour le titre par exemple. Bref, c'est varié et c'est sûrement pour ça que j'aime ce métier".



S: Faites-vous beaucoup de "terrain"?



C: "Si vous m'aviez posé la question avant la crise sanitaire, je vous aurais répondu: presque tout le temps! Evidemment, le confinement a changé la donne, on a dû apprendre en quelques jours à faire du télétravail depuis chez nous. J'ai installé une sorte de "mini-studio" avec micro et pied dans ma chambre... tout se passait au téléphone. Maintenant, on commence à revenir sur le terrain, en se protégeant et en travaillant avec la perche, ce qu'on ne faisait pas avant. En temps ordinaire, sans cette histoire de crise, du terrain j'en fais énormément. Quasiment chaque reportage implique de sortir, d'aller à la rencontre des gens. Pour une radio de proximité, c'est essentiel. Et puis évidemment, couvrir le sport signifie aller aux entrainements, aux conférences de presse, et suivre l'équipe dans ses déplacements". 



S: Depuis combien de temps travaillez-vous chez France Bleu Gironde? Avez-vous eu d'autres emplois chez des radios différentes?



C: "Je suis arrivée à France Bleu Gironde à l'automne 2018, ça fait presque deux ans. Je suis sortie d'école de journalisme en juin de la même année. J'ai fait un stage à RMC Sport pendant la coupe du monde puis un stage d'été à France Bleu, mais dans la locale de Tours. C'est comme ça que je suis "entrée" à Radio France". 



S: Quel est votre parcours scolaire, quelle est la formation qui vous a permis d'en arriver là?



C: "Mon parcours est un peu sinueux... Je suis entrée à Sciences Po Paris juste après le bac, mais dans un campus "délocalisé" à Poitiers, spécialisé sur l'Amérique Latine. Ca m'a permis de faire une troisième année au Pérou, où j'étais en mission humanitaire. Puis je suis revenue à Sciences Po, à Paris même cette fois, pour un Master anglo-français sur la sécurité internationale. Je voulais travailler dans le renseignement! J'ai même fait un an comme officier dans la Marine nationale... Puis après avoir eu ce diplôme, j'ai raté le concours de la police à quelques points près... ça m'a mis un coup, et après quelques semaines de réflexion, je me suis lancée dans les concours des écoles de journalisme".



S: Qu'est-ce qui vous a donné envie d'être journaliste? Est-ce une vocation?



C: "C'est marrant parce que je me souviens avoir dit au conseiller d'orientation au lycée que je voulais être journaliste. Sa réponse m'a découragée: c'est compliqué d'entrer dans les écoles reconnues, il n'y a pas assez de place dans la profession, pas assez de débouchés... j'ai laissé tomber et j'ai suivi une formation générale parce que je ne savais pas vraiment quoi faire de ma vie. Et finalement, six ans plus tard, je me suis dit: "bon, tu essaies maintenant de devenir journaliste ou tu auras des regrets toute ta vie". Quelques mois après, j'ai eu l'école de Marseille... Est-ce que c'est une vocation? En tout, c'est quelque chose que je voulais vraiment faire". 



S: Comment et pouquoi vous êtes-vous spécialisée dans l'information sportive? Votre spécialisation est-elle due à une passion sportive particulière?



C: "Je viens d'une famille où la culture football est très forte. On est des passionées, de foot et de sport en général: on regardait les JO, on allait voir le Tour de France quand il passait près de chez nous ou on le suivait à la télé. Je pense que c'est en voyant les motos des journalistes suivant les coureurs dans les cols des Pyrénées que j'ai commencé à me dire: "c'est génial, d'être journaliste de sport!" Je devais avoir douze ans... Cette passion s'est renforcée avec les années. Le sport, c'est tellement de petites et grandes histoires, de destins incroyables, d'émotions, j'adore ça. La spécialisation est venue presque naturellement... même si on m'a plusieurs fois dit que comme j'étais une fille, j'aurai du mal à me faire une place dans le milieu. Quand j'ai passé la bourse RMC Sport, j'étais d'ailleurs la seule fille parmi les candidats". 



S: Diriez-vous que votre profession est une profession difficile d'accès, où il est préférable d'avoir des contacts ou peut-être une solide expérience en amont, avec par exemple des stages clefs ou une expérience dans un journal local?



C: "Je dirais que la profession est difficile d'accès dans le sens où il vaut mieux passer par une école reconnue, qu'il n'y en a que 14, qu'il faut passer des concours et que ça coûte de l'argent... et après, on entre souvent dans la vie active avec un statut précaire, celui de pigiste. Avant d'entrer en école, je n'avais pas de contacts dans ce milieu, aucune expérience. Sûrement qu'il est préférable d'en avoir, mais comme dans tous les domaines, non? Ce qui intéresse les écoles, c'est ton profil, ce sont tes compétences évaluées sur les épreuves, pas ton réseau. Je connais aussi des journalistes qui n'ont pas fait d'école. Souvent, ils ont effectivement commencé par des expériences dans des médias locaux, journal, radio associative..."



S: Quelles sont les qualités que vous considérez comme essentielles pour être journaliste? Pensez-vous qu'il existe un profil plus adéquat, plus "typique" qu'un autre?



C: "Au contraire, je pense qu'il vaut mieux avoir des profils différents, avec des sensibilités diverses, dans cette profession. C'est plus enrichissant, et ça permet d'avoir des regards différents sur les thématiques que l'ont traite. Dans ma promo à l'école, il y avait des étudiants qui avaient fait une prépa, d'autres une fac de droit, d'autres de l'histoire... j'ai aussi croisé dans le boulot des gens qui se sont reconvertis, et dont le précédent métier n'avait rien à voir avec le journalisme. Ce qui compte, à mon avis, c'est d'être curieux, ouvert à absolument tout: il faut savoir aborder et traiter n'importe quel sujet. Je pense aussi qu'il faut de la rigueur: nos sujets, articles, reportages, seront écoutés, lus, vus, par des milliers de personnes. On doit répondre aux questions qu'elles se posent, leur apporter différents points de vue". 



S: Pourriez-vous nous raconter une anecdote sur vos débuts dans la radio ou plus généralement en tant que journaliste?



C: "Mes anecdotes vont être très liées au fait d'être une fille dans le sport. Quand j'arrive dans la salle de presse d'un stade ou d'un centre d'entrainement, je suis souvent la seule femme, et il y a cette réaction de légère surprise qui me fait finalement rire de la part des collègues... comme des joueurs d'ailleurs! Un jour, un joueur entre dans la salle de presse, il serre la main de tous les journalistes (des hommes) et quand il arrive au premier rang où je me trouve, il a un moment d'hésitation, comme s'il ne savait pas s'il devait me faire la bise ou me serrer la main! Il y a aussi des choses un peu moins drôles, comme quand notre photographe de sport, qui est une femme, s'est pris des réflexions salaces de certains supporters pendant tout un match... Je pourrais faire un roman d'anecdotes, en fait, il y en a plein dans ce métier. Ca nous arrive de fourcher à l'antenne, par exemple: eh bien on garde l'enregistrement et on le met dans le bêtisier de la fin d'année! C'est souvent une belle tranche de rigolade... j'ai découvert, en arrivant dans la radio, qu'il fallait s'autoriser des moments de rire et de détente, même si cinq minutes après, tu dois annoncer un attentat dans le journal. Il ne faut pas se laisser bouffer par l'info, par sa gravité. D'ailleurs les journalistes sont souvent assez cyniques... c'est une manière de prendre du recul".



S: Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aurait envie de faire de la radio?



C: "De ne pas écouter ceux qui lui disent qu'il n'y arrivera jamais, déjà. Tu peux le faire! Familiarise-toi avec les formats, écoute régulièrement la radio mais change de station, ne reste pas constamment sur la même: ça te donnera toute l'étendue de ce qu'il est possible de faire, de l'émission d'une heure à l'interview en passant par le reportage, les journaux, les chroniques... si tu as un peu de matériel, n'hésite pas à te lancer chez toi, à essayer le montage. Et pourquoi pas proposer tes services à une radio locale? Associative, étudiante, par exemple. Pour les personnalités réservées, timides, qui craignent le direct, je conseillerais le théâtre, voire l'entraînement devant un miroir: c'est comme ça que je préparais certains papiers à l'école. Ca m'aidait à articuler et à poser ma voix".



Et voilà les conseils et astuces d'une professionnelle! En résumé, un journaliste doit être doté d'un certain nombre de qualités et de compétences. En effet, il faut savoir être méticuleux, soigné, précis, efficace, exigent aussi bien envers soi-même qu'envers l'information que l'on sélectionne et que l'on met en forme, précis, mais il faut aussi être capable de se déplacer régulièrement et ne pas avoir peur du contact avec autrui. Tout cela, il faut le faire en restant authentique et instinctif, en restant soi-même, de manière à préserver sa sensibilité propre. Pour ne pas se laisser avaler par l'information, Camille Huppenoire conseille de toujours prendre du recul, et cela notamment par l'humour. Bref, si tu te reconnais ou si tu es attiré par le métier de journaliste, n'hésite pas et lance toi!