Divers
27/08/2020 à 18h20 par Anaëlle LUCINA

Bientôt remplacé.e.s par des robots, mythe ou réalité ?

Crédits : Gerd Altmann pour Pixabay

En mai dernier, Microsoft décidait de limoger plus de 80 journalistes des équipes éditoriales britanniques et américaines. L’objectif est simple : les remplacer par des programmes d’intelligence artificielle.


La légende raconte que l'IA est "une révolution technologique", une puissance de calcul qui s’intensifie de jour en jour. Impressionnant certe, le développement exponentiel de cette technologique est pourtant facile à expliquer. Cet accroissement est possible grâce à des algorithmes créés par l’Homme, capables d’effectuer un nombre gigantesque de corrélations. Plus simplement, l’intelligence artificielle se (ré)génère à partir de données appartenant au passé choisies par l'Homme.



Mais peut-on attribuer le qualificatif d’"intelligente" à cette technologie ? 



Laurence Diericks, journaliste-développeuse belge nous livre quelques éléments de réponse.



La créativité, un domaine réservé aux humains



Autodictée, articles personnalisés, générateurs de contenu, algorithmes… Plusieurs journalistes ont évoqué leurs craintes de voir l’intelligence artificielle (IA) faire de l'ombre à l'authentique plume humaine.  



Pour rassurer quant aux peurs de voir les rédacteurs se faire remplacer par des robots, Laurence Diericks, elle-même journaliste belge, préfère définir l’IA comme "additionnelle" plutôt que comme "transformative". Sur un ton rassurant, elle apaise les craintes de ses confrères : le mythe des humains devenus désuets face à l’invasion des robots serait alors matérialisé par un abus de langage. Pour la journaliste, il n’y a pas de véritable "intelligence" artificielle.



Dans le monde non-fictionnel, les algorithmes aident et soulagent les journalistes dans leur travail de recherche, de collecte de données ou encore de visualisation, mais n’interviennent pas dans les compétences mentales, humaines et dans celles qui relèvent de l’"intelligence" au sens propre. Avec ou sans l’IA, les journalistes qui respectent la déontologie et l’éthique du métier, devront toujours sélectionner les informations, les mettre en contexte et leur donner du sens. Pour Laurence Diericks l’IA pourrait même être bénéfique pour le métier : elle soulagerait les journalistes des tâches d’automatisation (compilation, calculs, etc.) et mettrait en avant les qualités d’un "bon" journaliste tel que la narration ou la contextualisation. Le journalisme numérique du futur pourrait même, grâce à elle, promouvoir les qualités humaines d’un journaliste compétent.




 Ça fera un gros tri et créera une distinction entre les bons journalistes et les autres 




Un algorithme sera toujours borné à ce que l’humain lui fait enregistrer et n’a pas la capacité de faire appel aux émotions humaines - ou du moins d’une manière très rudimentaire. La journaliste assure que contextualiser le monde et raconter le réel sont des qualités et des formes d’intelligences essentiellement humaines. L’IA restera un outil pour les développer : "c’est nous qui contrôlons l’ IA ! Cette IA dont on parle à longueur de journée n’est qu’un outil, comme un bon marteau ou un couteau" (Le Monde).



Une efficacité en demi-teinte



L’IA possède des limites qui ne peuvent être surmontées qu’avec l’aide des yeux humains.



Laurence Diericks explique que pour la modération des réactions aux contenus journalistiques (commentaires, participations du public, etc.), l’IA a besoin d’une masse de données. Malheureusement ces data se retrouvent vite démunies face à l’originalité et la rareté. Comme cette technologie ne possède pas  "l’intelligence humaine", l’algorithme ne peut pas en détecter toutes les subtilités telles que l’ironie, les discriminations « déguisées » ou encore les doubles sens.



Bonne ou mauvaise nouvelle, tout dépend des points de vue : l’IA ne pourra pas substituer l’intelligence « humaine » dans la prise de décision. C’est un partenaire, l’élève qui ne remplacera jamais le maître. La journaliste-développeuse l'affirme, ce n’est pas le système en lui-même qui pose problème, mais bien l’utilisation humaine que l’on en fait.


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